mercredi 11 décembre 2019

Quelques grands noms de la LIJE de Belgique

Textyles, la revue des lettres belges de langue française consacre son dernier numéro de 2019 à la littérature de jeunesse belge. Une bonne occasion de découvrir quelques grands noms de l'illustration ou du texte avec des tas de références très utiles pour en découvrir davantage.

Textyles: numéro consacré à la littérature de jeunesse belge

lundi 9 décembre 2019

Littérature jeunesse sous haute surveillance

De tous temps il s’est trouvé des âmes charitables pour montrer le droit chemin et imposer des barrières à notre liberté. La littérature pour la jeunesse a naturellement toujours été un terrain de prédilection pour les grands vertueux et vertueuses de ce monde. Une magnifique exposition à la Bibliothèque de France — Ne les laissez pas lire ! — organisée à l‘occasion des 70 ans de la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse s’est penchée, de septembre à décembre 2019, sur l’histoire tourmentée des livres pour enfants du début du XXe à aujourd’hui. Je n’ai pas pu résister à la tentation de prendre le train jusqu’à Paris pour m’y rendre. Je n’ai pas été déçu.

On a toujours trouvé de bonnes raisons pour vilipender des livres, les interdire et parfois les brûler même. Si on ne s’étonne pas trop que ce put être le cas au début du XXe siècle, notamment sous l’action déterminée de l’abbé Bethléem, qui publiait sa classification Romans à lire et romans à proscrire (notamment ce qui vient de l’étranger), on découvre dans cette exposition que la religion n’a pas été la seule à la manœuvre. Ainsi pendant la Deuxième Guerre mondiale, c’est l’occupant allemand ou 
le secrétariat général à l’Information du régime de Vichy qui suspendent certains journaux pour la jeunesse, comme Jumbo : le journal du Far-west ou même le Journal Spirou. Au lendemain de la guerre, ce sont en revanche les catholiques, les communistes et les  associations de femmes qui se liguent contre les bandes dessinées américaines jugées ultraviolentes, indécentes et responsables de la délinquance juvénile. Le Manifeste de l’Union des femmes française déclare : « que nos librairies soient débarrassées des publications immondes dont nous abreuve l’Amérique, qui risquent de ternir la fraîcheur et la pureté de notre jeunesse ». Rien que ça !
L'abbé Bethléem détruisant des
publications pour la jeunesse

Dans un tel climat, la loi du 16 juillet 1949 instaure une commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence. Composée de représentants des ministères concernés, des associations familiales, des mouvements de jeunesse ainsi que des auteurs et des éditeurs, elle est chargée d’examiner les livres après leur parution. Si un seul éditeur a été condamné, cette loi n’en a pas moins eu des effets négatifs réels puisqu’elle pouvait imposer des mesures de retrait et qu’elle a largement contribué à l’autocensure, les éditeurs ne souhaitant pas prendre de trop gros risques. Le journal Tarzan se voit retirer son certificat de parution en 1952. Vous pensez bien, un sauvage pratiquement nu… Deux ans plus tard, sept albums des éditions Dupuis sont interdits. Et on ne sait pas s’il faut rire ou pleurer lorsqu’on apprend que même Boule et Bill sont passés à la censure en 1964 ! Mais tout compte fait, s’agissait-il réellement de protection des enfants et de la jeunesse ou plutôt de celle du monde de l’édition française peu disposé à céder du terrain à une concurrence décomplexée venue d’ailleurs ?  

Ensuite, Mai 68 vient bouleverser la littérature destinée à la jeunesse. Les tabous sautent, la femme se libère, on ose aborder la sexualité, les problèmes d’identité, la différence. L’abbé Bethléem n’est plus, mais d’autres ont pris la relève et, avec leur perception toute particulière de la liberté, sont partis en croisade. C’est le cas de Marie-Claude Monchaux qui, avec son ouvrage Écrits pour nuire, se donne la mission d’aider parents, éducateurs et responsables des bibliothèques à faire les bons choix, puisqu’il y va de la santé mentale et morale de « nos » enfants. Mais le XXIe siècle n’est pas en reste, avec les collectifs qui déchargent leur haine contre la loi sur le mariage pour tous et, en passant, sur les livres pour enfants qui pronent la tolérance et une vision de la société différente de la leur. Et que dire des auteurs et auteures qui renoncent à des projets ou tuent des séries parce que, dans la foulée de #metoo, de véritables campagnes de lynchage sont organisées à leur encontre dans les medias sociaux. Impossible de terminer cet article sans mentionner le véritable autodafé dans lequel des prêtres polonais ont brûlé à Gdansk, fin mars 2019 (on croit faire un mauvais rêve), des volumes d’Harry Potter. Le prêtre responsable de ce feu de joie se serait ensuite excusé. Allez, tous les espoirs ne sont pas perdus...

Tonton Couture

Belle découverte que ce  Tonton Couture , dans une petite librairie africaine du quartier Matongué de Bruxelles, Pépite Blues , elle aussi, ...