Superbe ouvrage ce Carnet du dessinateur publié en 2018 aux éditions Le port a jauni, dans ne version bilingue arabe-français que l'on feuillette à la façon arabe en commençant par ce qui chez nous serait la fin du livre. Ce simple procédé fait exploser notre horizon et nous transporte en un tourner de page vers d'autres terres, vers d'autres rives.Dans son carnet, Mohieddine Ellabbad, célèbre illustrateur égyptien (1940-2010), nous raconte comment les petits riens qui peuvent sembler sans importance se nichent dans notre mémoire pour, un jour, se réveiller, se mettre en marche et nous replonger dans notre passé. Un ticket de tramway, un timbre oblitéré, une vieille photo écornée, une carte postale ancienne, un carnet rouge qu'il avait acheté, enfant, mais resté vierge jusqu'à bien plus tard, finissent par donner libre cours à un flot de souvenirs qui se transformer en un superbe livre illustré qui invoque des odeurs d'ailleurs enivrantes.
Je ne dirais pas que c'est à proprement parler un livre de jeunesse, plutôt un livre pour adultes tant il est beau, mais un livre à raconter et à montrer aux enfants, pour pour leur faire prendre conscience que bien souvent, les frontières ne sont que celles que nous imposons nous mêmes à notre imagination, à nos rêves, à notre liberté.
En recourant à quelques simples observations relatives à la pratique de l'illustration, Mohieddine Ellabbad nous fait sortir de notre ethnocentrisme, comme quand il nous raconte qu'il finit par se rendre compte que le "rose chair" tout prêt à utiliser n'est décidément pas la couleur de la peau des gens de chez lui et qu'il créera donc sa propre couleur chair; ou que, si chez nous les personnages se déplacent généralement de gauche à droite, il est quand même plus logique que de l'autre côté de la Méditerranée ils le fassent de droite à gauche, puisque c'est aussi dans ce sens que l'on lit et que l'on regarde les images. Et quel sens d'avoir Superman pour héros, quand on a une histoire millénaire qui fourmille de grands personnages bien plus intéressants ?
Des observations toutes simples, toutes évidentes, jetées avec quelques mots et plein de couleurs sur le beau papier de son Carnet du dessinateur.

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